La Gazette de Grand-FresnoyPage 3


entre les individus. La plupart d’entre elles ont recours à une certaine odeur pour la délimitation de leur territoire et pour accompagner les jeux subtils de leurs parades amoureuses.

L’homme n’a pas échappé à cette règle, mais son génie lui a permis de sublimer cet  irrésistible penchant dans la recherche et l’utilisation des parfums les plus délicats que lui offrait la nature.

Il les a associés à ses pensées les plus profondes, l’amour et la vénération de ses Dieux, depuis des temps immémoriaux.

Nous en trouvons la trace notamment dans l’Ancien Testament dans lequel sont décrits les autels destinés à brûler les parfums et où le Cantique des Cantiques compare la bien-aimée à la « Fumée légère d’un parfum de myrrhe, d’encens et d’aromates ».

N’oublions pas que le triple hommage des Rois Mages à l’enfant Jésus comportait l’or, l’encens et la myrrhe et que Marie, sœur de Lazare lava les pieds du Christ à Béthanie avec un parfum de nard de très grand prix.

Il est incontestable que l’origine de l’utilisation des parfums est orientale et qu’elle a toujours comporté dans cette partie du monde une signification symbolique.

Mahomet auquel des fidèles avaient posé la question : Quelle est la chose que tu préfères dans ce monde ? répondit :
"La prière car elle me réjouit le cœur, les parfums et les femmes".

Notons que les parfums ont été employés également comme antiseptiques et dans un passé encore très récent, on faisait brûler dans la chambre des malades des papiers odoriférants nommés « papiers d’Arménie »  pour en purifier l’air.

Comment des produits aussi revêtus de symboles  n’auraient-ils pas exercé sur les poètes leur pouvoir de fascination ?

Baudelaire nous apparaît comme l’un de ceux qui y ont été les plus sensibles. Il en parle en ces termes :

« Lecteur, as-tu quelque fois respiré
Avec ivresse et lente gourmandise,
Ce grain d’encens qui remplit une église,
Ou d’un sachet le musc invétéré ? »

Ou encore :

« Voici venir les temps où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir
Les sons et les parfums tournent dans l’air du soir
Valse mélancolique et langoureux vertige ! »

Et cette analogie entre la musique et les parfums et même la peinture nous rappelle qu’ils sont les éléments – comme les notes et les couleurs – de symphonies que l’art du parfumeur compose avec mille nuances.

Mais ils ont, en outre, le privilège d’être l’émanation d’une réalité de la nature végétale vivante car le...

parfum est « l’âme des fleurs ».